Rencontre avec
nos âges clandestins

Sommes-nous toujours les maîtres de nous-mêmes ?

Une soirée avec des amis, une partie de jeu vidéo avec notre ado, une rencontre qui nous met dans tous nos états… et exit l’adulte sérieux et solide que nous sommes devenus au fi l du temps. Étonnant ? Pas tant que ça… car, vivent à l’intérieur de nous des âges, différents de notre âge civil, qui, selon les circonstances et les personnes avec qui nous entrons en relation, prennent le contrôle de notre corps et de nos pensées, pour un instant… ou pour plus longtemps…

Article paru dans le magazine Infinité n°1 et édité par Diverti Éditions

Chapitrage

-« Introduction »

-« Le mouvement précède la pensée »

-« Ondulation des hanches et représentations sociales »

-« Le corps agit avant l’apparition de la pensée »

-« Fluidité ou rigidité ? »

Aparté

-« Dr Bruno Dubos »

-« On est dans sa sexualité comme on est dans ses relations »

-« Fascinant lien entre âge clandestin et morphologie »

Introduction

Depuis qu’on est tout petit, peut-être même pendant la vie intra-utérine, on fait des expériences relationnelles, et c’est essentiel. En tant qu’être humain, nous sommes fondamentalement des êtres de relation. Nous vivons sans cesse des expériences relationnelles : avec le monde qui nous entoure, avec nous-même et avec l’autre. « Et, je dis bien : “l’autre” et non pas “les autres”, car chaque expérience est singulière », souligne le Dr Bruno Dubos, psychiatre, hypnothérapeute ericksonien, enseignant à l’université, formateur, conférencier et auteur, qui a développé le concept novateur des âges clandestins. Nous ne le savons pas, mais nous faisons naturellement et très souvent appel ces âges clandestins. Ils s’expriment dans nos comportements, nos émotions, nos sensations, nos attitudes et sont porteurs de précieux « savoir-être » et « savoir faire » qui vont nous permettre d’entrer en relation de façon fl uide, ou pas… À l’heure où nos sociétés occidentales sont en pleine mutation, sentir que nous détenons en nous des ressources extraordinaires pour faire face aux événements et aux changements qui ne manquent pas de nous bousculer est plutôt une bonne nouvelle, mais, parfois, ce sont aussi ces fameux âges clandestins qui peuvent nous mettre en diffi culté.

Le mouvement précède la pensée

« Nous faisons en permanence des expériences relationnelles dans ces trois dimensions (le monde, nous-même et l’autre) et chaque expérience démarre dans le corps. C’est-à-dire dans le sensoriel et le corps en mouvement», précise le Dr Dubos, en expliquant que « nous sommes dans notre corps comme nous sommes dans nos intentions relationnelles, puisque le mouvement précède la pensée et non l’inverse ». Baignés par le postulat de Descartes « je pense, donc je suis », nous avons généralement l’habitude d’imaginer que penser la relation va mettre notre corps en mouvement. «Eh bien, c’est faux, insiste l’auteur de Les Âges clandestins : Pourquoi on ne fait pas toujours son âge (éditions Payotpsy). Le corps se met en mouvement dans notre intention relationnelle avant de penser la relation. Les mouvements et les sensations vont être suffi samment forts pour mobiliser de l’émotionnel (système neurovégétatif), sur lequel nous mettrons des pensées issues de notre vécu sensoriel et émotionnel. C’est ce que j’appelle une chaîne d’expériences. » Selon le Dr Bruno Dubos, puisque nous sommes des êtres de relation, notre relation à l’autre, au monde, à nous mêmes et la façon dont on va mettre des pensées, des représentations psychiques sur nos chaînes d’expériences n’arrivent pas toutes seules. La valeur que nous accordons à une chaîne d’expériences dépend du monde qui nous entoure et avec lequel nous sommes en lien. Pour la plupart d’entre nous, nous avons en effet pu expérimenter qu’une relation dans laquelle on se sent bien est associée à des ressentis et des émotions que nous jugerons comme positives. « Une relation affectivement rassurante va donner des sensations et des émotions agréables. Une chaîne d’expériences insécurisante est, quant à elle, alimentée par des sensations désagréables et des émotions “pas sympa”, sur lesquelles on va mettre des pensées “pas sympa” », explique-t-il. Par exemple, par la validation par son parent qu’il est grand quand il a réussi à faire du vélo tout seul, un enfant va pouvoir vivre cette expérience avec la pensée et le ressenti « je fais du vélo tout seul, je suis grand ». Il s’approprie cette idée parce qu’il a confi ance en son parent. Il en va de même avec les représentations sociales, nous dit Bruno Dubos. 

Le mouvement précède la pensée

Ondulation des hanches et représentations sociales

« Ces dernières ont une infl uence majeure sur la valeur que l’on donne à nos chaînes d’expériences, c’est-à-dire : les pensées que l’on met sur ce que l’on vit. » Ainsi, par exemple, nous dit-il pour illustrer son propos, lorsque les jeunes filles grandissent, leur bassin se place en antéversion et, de façon physiologique, elles ondulent des hanches en marchant. Or, dans certains contextes sociaux, du fait de leurs références culturelles, cela est mal vu. Ces jeunes fi lles vont intégrer cette représentation sociale particulière d’un phénomène, pourtant totalement naturel, et en déduire un jugement négatif d’ellemême. « Sur un mouvement, une sensation, nous mettrons des pensées en fonction de ce que nous renvoie notre monde relationnel (nos parents, nos amis, la société dans laquelle on vit). » Or, note-t-il, « plus le lien affectif que nous entretenons avec les personnes qui émettent ces pensées sur nos chaînes d’expériences, est fort, plus nous adopterons ces représentations psychiques ». La manière dont on vivra une expérience et la représentation que l’on aura de nos sensations dépendra donc des pensées que d’autres exprimeront à ce sujet. Ainsi, pour reprendre l’exemple de l’apprentissage du vélo, si le parent de cet enfant lui dit : « qu’est-ce que tu en as mis du temps pour faire du vélo ! », la valeur qui sera placée sur cette chaîne d’expériences sera : « j’ai réussi à faire quelque chose, mais pas comme il faut. Quand je fais un truc, je ne le fais pas bien », insiste le psychiatre. Donc, pour lui, « tout démarre dans le corps, mais l’inconfort arrive quand on n’est pas en accord avec les représentations psychiques qu’il y a dessus ». 

Le corps agit avant l’apparition de la pensée

Selon le père du concept des âges clandestins, ces chaînes d’expériences arrivent à certains moments de notre vie, donc à un certain âge, et, une fois qu’elles sont construites et installées, elles fonctionnent dans les deux sens. « Il suffi t de sentir pour penser et il suffi t de penser pour sentir. Un âge clandestin, c’est, fondamentalement, une chaîne d’expériences qui, de façon complexe, va alimenter notre attitude corporelle, probablement notre physiologie, notre façon de nous comporter, d’être en relation, de penser le monde, de nous penser et de penser la relation à l’autre. » Dans un contexte particulier, par exemple, celui de la rencontre et de la relation affective ou amoureuse, le corps se met en mouvement et cela induit des sensations. « Forcément, à partir du moment où les sensations sont fortes et qu’elles sont alimentées par des mouvements et des émotions, il y a de grandes chances que ces sensations, ces émotions et ces mouvements soient déjà connus, c’est-à-dire qu’ils appartiennent à une chaîne d’expériences portée par un âge », explique l’auteur, en précisant
qu’il s’agit d’un mécanisme naturel. « À un moment donné, dans un contexte particulier, des âges clandestins viennent au grand jour, parce qu’ils connaissent et qu’ils ont l’expérience des sensations en question. C’est le principe des poupées russes et c’est inévitable. » Selon lui, on peut alors penser, ressentir et agir, en petit, en adolescent, en parent qui protège et prend soin ou même en personne âgée ou encore en adulte. Cela est vrai dans n’importe quelle relation, y compris amoureuse, et c’est incontrôlable. « On peut être en lien avec cet âge clandestin de façon fl uide, c’est-à dire : parfois on le laisse faire et il se range ensuite, mais on peut aussi être complètement débordé. Par exemple, alors qu’une personne peut être cadre bancaire et diriger une équipe, dès qu’elle est dans un contexte où il y a du sensoriel, du mouvement et de l’émotionnel qui est alimenté par des enjeux affectifs, elle va mobiliser tout le temps un âge clandestin d’enfant. »

Fluidité ou rigidité ?

Ce qui est important, rappelle le Dr Bruno Dubos, c’est la possibilité de moduler et de s’autoriser à être petit, ado, adulte et aussi de savoir protéger et prendre soin, selon le contexte. Ce qui est problématique, c’est la rigidité. Cependant, selon lui, on ne peut pas dire que l’âge clandestin adulte soit le meilleur, car il peut aussi être rigide et être sérieux tout le temps… « La fl uidité dans la mobilisation des âges clandestins selon les contextes, l’autre, soi, ses ressentis, ses émotions, sa sécurité intérieure, son histoire, les attentes et les besoins, fait la qualité de la relation. »

Dr Bruno Dubos

Le Dr Bruno Dubos est psychothérapeute, formateur et superviseur en hypnose ericksonnienne en France, en Europe et à l’international. Il est l’auteur d’articles dans des revues spécialisées et auteur du livre Les âges clandestins : Pourquoi on ne fait pas toujours son âge (éd. Payot et rivages, 2020).

Dr Bruno<br />
Dubos

« On est dans sa sexualité comme on est dans ses relations »

« La sexualité est une intention relationnelle parmi d’autres, mais elle est particulière, car elle mobilise le pôle sexuel. S’il y a bien un endroit où nos âges clandestins se mettent en mouvements et en relation, c’est dans la sexualité, car c’est un contexte dans lequel il y a beaucoup de mouvements et de sensations et d’émotions, donc des chaînes d’expériences. Il y a des hommes et des femmes qui peuvent se sentir en insécurité dans un registre où il y a de l’intensité sexuelle et d’autres qui peuvent être à l’aise avec le fait de moduler entre le registre affectif et celui de l’intensité sexuelle. » L’âge clandestin qu’on mobilise dans le contexte de la relation amoureuse et de la sexualité nous fera envisager celles-ci d’une certaine manière. Par exemple, quand on mobilise un âge clandestin d’enfant, ce qui importe le plus, c’est la douceur, alors que la sexualité a une place prédominante dans la mobilisation d’un âge clandestin d’adolescent. On pense également la relation et la sexualité d’une manière différente dans ces deux exemples opposés. Chez le premier, la sexualité est une preuve d’amour et on est attentif au plaisir de l’autre. On privilégie les préliminaires, c’est-à-dire, des caresses, des câlins… tout ce qui n’est pas la pénétration. Chez le deuxième, on aime jouer dans la sexualité, le désir est essentiellement alimenté par le physique de l’autre, on est plus axé sur son propre plaisir et il y a aussi une certaine tendance à l’infi délité…

Fascinant lien entre âge clandestin et morphologie

Quand ces âges clandestins se mobilisent de façon quasiment permanente, c’est-à-dire dans des contextes différents, ils peuvent avoir un impact sur le développement physiologique, explique le Dr Bruno Dubos. « À partir du moment où, dans le contexte de la thérapie, certaines personnes arrivent à mobiliser des âges clandestins d’adulte, j’ai pu observer plusieurs fois qu’elles remettent en mouvement leur physiologie. Il est donc faux de dire que quand on a achevé sa puberté, c’est fi ni… J’ai parfois vu des femmes prendre deux tailles de bonnet et qui se mettent à avoir des hanches, alors qu’elles ne prennent pas de poids. Comme si la physiologie reprenait le cours naturel de ce que ça devait être. De la même façon, quand je vois des gens qui se mettent à être possédés par des âges clandestins de vieux, ils se mettent à être ridés à 45 ans par exemple. En revanche, quand ils se remettent en “mouvement”, ils récupèrent leur âge, ils perdent ces rides ou elles s’atténuent. »

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